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février 2009

Les services, levier du développement durable à Saint-Pierre et Miquelon
Analyse

Le 16 décembre 2008, l’assemblée du Conseil territorial s'est prononcé sur un premier projet de Document Unique de Programmation - DOCUP - pour le 10ème FED (2010-2013). A ce stade il s’agit de définir les contours de la stratégie d’utilisation des ressources européennes. Le document approuvé est le fruit d’une analyse partagée.
 
 
Les leçons de l’histoire récente

Avec l’effondrement du secteur traditionnel de la morue au début des années 1990, les pouvoirs publics ont tenté d’engager l’archipel dans la voie de la diversification économique. L’objectif ultime de cette stratégie est simple et vital : assurer des perspectives économiques durables à l’archipel, seul moyen de fixer sa population au 21ème siècle. Pour réduire la dépendance financière dans une période de contraction durable des dépenses publiques nationales et européennes, il s’agit donc pour l’archipel de diversifier et d’augmenter ses exportations (ou de réduire ses importations).
 
 
Des pistes de diversification économique

Plusieurs pistes de diversification ont été creusées depuis le début des années 1990 :

1. La diversification des produits de la mer exportés (issus de la pêche ou de l’aquaculture)
Quinze après le moratoire sur la pêche à la morue, le secteur des produits de la mer peine à se redévelopper en raison du déficit de ressources naturelles propres à l’archipel (faibles quotas et zone économique exclusive étroite) et du temps nécessaire à la recherche et développement pour l’aquaculture. Bien que d’un poids économique faible aujourd’hui (les exportations de produits de la mer comptent pour 3% de la richesse territoriale), la filière historique renferme des enjeux sociaux et identitaires très forts, les pouvoirs publics accompagnent donc sa restructuration.

2. Des activités permettant de limiter les importations en produisant localement (logique d’import-substitution)
La stratégie d’import-substitution devrait rester limitée compte tenu de la taille exiguë du marché local. Son intérêt réside principalement dans la création d’emplois dans la filière agroalimentaire, notamment à Miquelon.

3. Les formations linguistiques
Enfin, le Francoforum (qui vend un service linguistique et attire du tourisme d’affaires) contribue quant à lui à sa mesure à la création de richesse locale en attirant pas moins de 8000 étudiants jours par an (contre moins de 1000 à son ouverture).

Cependant, malgré les efforts dans ces trois domaines, avec des exportations qui stagnent bon an mal an autour de 10% des importations, la dépendance financière de Saint-Pierre et Miquelon s’est accrue depuis le début des années 1990. A l’heure de la réduction des dépenses publiques à Paris et à Bruxelles, la stimulation d’un développement économique durable localement est plus pressante que jamais.
 
 
Saint-Pierre et Miquelon renferme des atouts sous-exploités

Cependant, d’autres secteurs économiques pourraient renfermer un potentiel peu exploité à Saint-Pierre et Miquelon, notamment dans les activités tertiaires.
La plupart des petites îles ont déjà fait le choix de développer les services en s’appuyant sur leurs atouts. Les îles bénéficient en effet de patrimoines riches et originaux qui leur permettent d’attirer les visiteurs et leurs devises. Avec un tourisme de croisière en plein boom dans la région, à quelques encablures du Canada (un pays à fort pouvoir d’achat et avide de nouvelles destinations), l’archipel dispose d’atouts indubitables. Les îles  disposent d’autre part de l’outil de la fiscalité qui permet de compenser certains surcoûts liées à l’insularité – cela permet de préserver la rentabilité des entreprises et donc la création de richesses. Moins sensible que l’industrie qui subit des coûts de fret importants, le développement des services (par essence immatériels) éveille un intérêt croissant des pouvoirs publics et du secteur privé.

 
Mais vers quelles activités tertiaires particulières faut-il orienter les ressources humaines et financières publiques ?

On pourra opérer ici la distinction entre services dits productifs (tourisme, formations linguistiques, centre d’appels, casino en ligne, fourniture de biens et services à l'industrie hydrocarbures, etc.) et services de l’ « économie locale ou domestique » (supermarché, téléphonie mobile) qui s’appuient sur le marché local ou captif.
  • Les services productifs sont principalement exportés, vendus à des personnes extérieures, qu’elles soient physiquement sur le territoire (cas du tourisme) ou à l’extérieur (cas d’une entreprise qui aurait recours au service d’un webmestre basé sur l’archipel). Cette exportation de services permet ensuite de financer ensuite les importations diverses dont le territoire a besoin (équipements, énergie etc.).
  • Par opposition, l’économie domestique locale est distinguée, elle produit des biens et des services localement pour les résidents (services à la personnes, secteur du BTP, commerce, etc ).
En augmentant les exportations localement, on stimulera directement ou indirectement l’économie domestique par effet d’entraînement. A titre d’illustration, restaurants et commerce accroissent leurs revenus lorsque la fréquentation touristique augmente, ce qui accroît les ressources fiscales de la collectivité et l’intérêt général. Par ailleurs, l’économie domestique bénéficierait d’un accroissement des exportations dans la mesure où cela permet de générer des revenus localement (et ainsi faire fonctionner le commerce etc.). La création de richesse et le développement durable du territoire passe donc par l’exportation de services. Les pouvoirs publics pourraient donc se concentrer sur l’économie exportatrice et dynamiser ainsi l’ensemble du tissu socio-économique de l’archipel.
 
L’exportation de services, levier de développement porteur d’espoir

Comment développer ces activités tertiaires productives? Il n’existe pas de recettes miracles, en particulier dans un archipel où l’économie a été bouleversée par l’anéantissement du secteur privé. Le développement nécessite du temps, des efforts humains et financiers. Il nécessite aussi la participation d’un ensemble d’acteurs clé localement qui doivent être associés et consultés sur la politique de développement. C’est dans cet esprit que des consultations larges ont été organisées par le Conseil territorial et la SODEPAR en avril 2008 pour la programmation du 10ème Fonds Européen de Développement - lire l'article publié en avril 2008 - avec des socioprofessionnels et des entrepreneurs, des services de l’Etat, les communes et la Préfecture. L’ensemble des élus ont ensuite été conviés lors d’un second cycle de consultation  - en juin 2008 -, ce qui a permis d’étoffer et d’affiner les propositions des groupes techniques.
 
Préparer le Document Unique de Programmation - DOCUP, 20.74 M€ de l'Europe - pour financer les orientations choisies

A l’issue de ce processus une première version du Document Unique de Programmation du 10ème FED (20,74M€ sur 2010-2013) a été rédigée par la SODEPAR sous l’autorité du Conseil territorial. Les pistes de développement qui ont été validées au

Sur le DOCUP lire aussi :
Partenariat avec l'Europe : 20 millions d'euros sur 5 ans

cours des réunions ont été reprises : rôle indispensable de la desserte et l’avitaillement pour l’ensemble de l’économie, soutien aux nouvelles activités de services et au développement d’un tourisme durable. Au niveau des projets concrets, les réunions de consultation ont permis de relever des mesures susceptibles de contribuer aux orientations définies - sous réserve de leur confirmation par le schéma stratégique de développement et les élus - : pépinière facilitant l’implantation d’entreprises, raccordement de l’archipel au très haut débit, et plus généralement, politique de BTP au service du développement des services (réhabilitation du quai en eau profonde, hangar sous douane etc.). Ce pré-projet de DOCUP a ensuite fait l’objet d’échanges informels avec les services de la Commission européenne, un dialogue qui a permis de compléter une version provisoire.
 
 
A l’occasion de la séance officielle du 16 décembre, un premier document de programmation a ainsi pu être présenté et approuvé par les élus du Conseil territorial. Si la stratégie remporte l’unanimité de l’assemblée représentant l’archipel, reste à satisfaire les multiples procédures européennes. Ce processus s’étale généralement sur près d’un an et il nécessitera de nombreux échanges avec les différents services et comités basés à Bruxelles. Par ailleurs, la finalisation du DOCUP (2010-2013) est intimement liée au schéma de développement stratégique 2009-2029. Ces deux documents stratégiques doivent être complémentaires et cohérents. 
 
 
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